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lundi 24 juillet 2017

IoT: sortir de l'Internet des Silos

IoT: sortir de l'Internet des Silos

Il ne passe pas un jour sans qu'on entende parler du dernier saint Graal: la plateforme IoT.

Une plateforme qui connectera tous les objets de l'entreprise, en remontera les données via un réseau et exposera ces données sous la forme d'API prêtes à s'intégrer dans vos applications ou sous la forme d'un tableau de bord prêt à l'emploi. L'internet des objets serait donc en train de réaliser sa promesse de 30 à 50 milliards d'objets en 2020 et surtout des milliards d'économies en performance industrielle et nouveaux services ?

Mais ce qui ne rassure pas GreenSI ce sont toujours les discours un peu trop marketing, avec des idées simplistes qui sèment la confusion chez les décideurs IoT, qu'ils soient en train d'urbaniser leur "smart city" ou de moderniser leur "usine 4.0". Ce billet va essayer d'éclairer une de ces idées, souvent poussées par ceux qui auraient un intérêt à ce qu'elles se réalisent...

L'internet des objets sera interopérable

Pour GreenSI, dans l'idée même de l'internet des objets, donc une nouvelle ère de l'internet qui va connecter à l'échelle de la planète les objets en plus des humains, la notion d'interopérabilité finira par s'imposer. 

Un feu rouge ou un réverbère de marque X devra pouvoir envoyer des informations à une plateforme Y par le réseau Z. Cette interopérabilité sera soit "restreinte" au sein de grands écosystèmes qui auront décidé de partager des standards communs, soit native par l'émergence de standards plus globaux comme dans la v1 de l'internet avec IP ou Http.

A la clef, notamment au niveau des équipements et des réseaux, la capacité de trouver les business modèles qui financeront cet internet avec des logiciels plus intelligents qui dégageront des économies ou de nouveaux revenus en exploitants ces nouvelles données.

Sans cette valorisation, l'internet des objets sera stérile et surtout non financé, mais  comme pour la ruée vers l'or il aura enrichi les vendeurs de pioches.

On se souvient il y a 30 ans du hardware "PC compatible IBM" qui en se déployant a été le fédérateur de l'industrie logicielle qui a pu se développer comme on l'a connue par la suite.

Si cette interopérabilité n'arrive pas, l'internet des objets risque d'être réduit à un "Internet des silos" comme l'appelait Philippe Krief de la fondation Eclipse dans une de ses conférences.

Des silos comme aujourd'hui les distributeurs automatiques de billets (DAB), ces objets connectés partout en ville depuis 30 ans qui continuent de ne délivrer que des billets, avec une interopérabilité limitée aux banques - on peut retirer des billets dans le DAB d'une banque en ayant un compte dans une seconde - alors qu'en 30 ans ils auraient pu devenir multi-services et générer des revenus additionnels (au delà du chargement des cartes de mobiles).
Tous ceux qui ne jurent que par une plateforme unique, voir un duopole, ont certainement l'agenda caché de vouloir reproduire le réseau des DAB et de vendre de pioches.

Le billet publié cette semaine sur Les Echos pour "Faire de la France un nouveau laboratoire mondial de l'Internet des objets" a attiré l'attention de GreenSI.

La première vision simpliste de ce billet est de ne mettre en avant que la partie réseau alors que la plateforme IoT commence bien sûr par les objets. Et la France regorge de Fablabs pour les fabriquer, c'est une compétence reconnue et enviée, comme avec celui #FrenchTech d'Orléans : le Lab'O.

La France a aussi un mouvement des "makers" très dynamique et même d'une Citée de l'objet connecté à Angers, également #FrenchTech, une ville qui va accueillir en octobre 2017 le prochain WEF, le forum mondial de l'électronique, une technologie de base de l'IoT. L'atout de la France sur ce premier niveau du modèle IoT est donc certain. Sur le niveau des applications également il ne fait aucun doute.
 

La seconde vision simpliste est surtout de limiter les réseaux connectés aux objets à deux réseaux, Lora et Sigfox, ceux qui ont certainement les budgets marketing les mieux fournis.

Pourtant l'IoT en France et l'avenir de l'Internet ne s'écrira pas avec seulement ces deux sigles, souvent seuls cités par la presse. Même en France ça n'est déjà plus le cas quand on analyse les usages dans le détail et aux États-Unis l'histoire reste à écrire.
 

Il y a bien sûr de multiples moyens de connecter les objets industriels en commençant par le Wifi 802.11 où la bonne vielle carte SIM en 3G ou 4G. Et puis ce serait oublier les réseaux déjà en place dans les villes pour télé-relever en France les compteurs d'eau et de gaz (LPWA 169Mhz) et qui sont autant d'atouts pour la France comme laboratoire de l'IoT pour tous les usages dans l'environnement ou pour la performance énergétique quand on recherche une longue portée et une très faible consommation d'énergie ou capter à l'intérieur des bâtiments.

Sans compter comme nous le rappelle l'analyste Gartner, les réseaux qui arrivent prochainement à maturité comme la 5G ou le NB-IoT et qui vont redistribuer les cartes. Les standards sont donc encore largement ouverts.



Sur le long terme, la question de la technologie réseau est surtout celle de sa pérennité pour l'entretenir et maintenir un coût d'accès (abonnement) abordable

La pérennité des acteurs financés par des levées de fonds sera fonction de l'atteinte rapide des objectifs commerciaux fixés par les actionnaires. A l'inverse avoir une première base installée d'usages stables comme le comptage des fluides et une roadmap de déploiement du réseau financée pour cet usage jusqu'en 2022, avec des engagements jusqu'en 2042, est certainement un atout solide pour la longue portée 169MHz et son Alliance Wize. La technologie n'est donc pas tout dans ces choix, l'existence de suffisamment de clients avec des usages sur le moyen-long terme est aussi essentiel.

Alors pour ne pas tomber systématiquement dans la simplification, l'image à garder pour le moyen terme c'est d'imaginer l'internet des objets comme un internet interopérable à trois niveaux, les objets, les réseaux (via des gateways) et les plateformes pour développer les usages.
Il y aura des milliards d'objets mais aussi des dizaines de réseaux disponibles sur un territoire, et c'est tant mieux pour réduire les futures zones blanches et choisir le réseau le plus adapté en fonction des usages souhaités.

Un internet des objets plateforme de développement

L'Internet des objets doit être également être vu comme une plate-forme de développement aussi diversifiée et interopérable qu'innovante. Il impacte déjà les architectures des SI pour intégrer le temps-réel et la sécurité et fait en fait émerger de nouvelles.

Diversifiée car comme pour les réseaux, il serait illusoire de croire qu'il n'y aura que quelques plates-formes sur lesquelles on pourra développer les technologies de l'IoT.
L'histoire des GAFAs qui ont dominé l'Internet 1.0 et 2.0 avec leurs plateformes mondiales centralisées ne sera pas facile à reproduire pour l'Internet des objets car il faudrait être à la fois leader sur le matériel, de la voiture au bracelet montre en passant par la machine outils, et en même temps sur le logiciel dans tous les métiers de l'entreprise.

Android a certes pris un temps d'avance mais Android est ouvert et pour l'instant son modèle n'est pas celui du contrôle.

L'analyste IDC présente un classement des éditeurs de plateformes, qui se verraient bien en nouveaux GAFAs de l'Internet des objets: IBM Watson, PTC Thingworx, GE Predix...

Des plateformes qui sont fonctionnellement redondantes en partie avec les services offerts par ceux qui opèrent les réseaux pour gérer les objets ou les configurer. En revanche elle vont plus loin sur le traitement des données et les tableaux de bords temps réel.

Mais comme trop souvent dans ces classements d'analystes, les solutions open source sont oubliées. Ce graphique n'est donc pas complet et les revenus de ces éditeurs ne sont pas pertinents pour apprécier les leaders d'une chaîne complète "objet - réseau - plateforme - applications smart".

Or dans l'Internet des objets l'open source est omniprésent dans les choix logiciels mais aussi matériels, par exemple avec la plateforme de cartes Arduino, un standard ouvert qui permet de faire des prototypes d'objets ou avec le Raspberry Pi sous Linux pour plus de puissance de calcul embarquée. 

La société Smile a d'ailleurs écrit un ouvrage pour recenser les solutions open source pour l'IoT et un autre pour les solutions Linux dans des systèmes embarqués. On pourra y vérifier le poids de l'open source.
Côté logiciel on va retrouver l'incontournable Node-RED qui permet de créer le "câblage numérique" nécessaire pour les données le long de ces nouvelles chaînes de mesures. Un code qui s'exécute ensuite soit dans l'objet soit dans le Cloud.


Ensuite côté portails ou applications mobiles pour développer les usages et valoriser les données, l'open source a déjà démontré sa capacité à être une plateforme incontournable pour de simples applications web (Symfony2, Angular, ...) à l'analyse des données massives (Hadoop, Spark...).

Donc pour échapper au chant des sirènes marketing, la bonne question à poser aux vendeurs de technologies est finalement  simple: comment votre solution est interopérable horizontalement avec vos pairs et verticalement dans la chaîne de communication ? 

Si elle ne l'est pas aujourd'hui, elle devra l'être demain, sinon les projets IoT termineront dans les limbes de "l'internet des silos". Des silos souvent relayés par la presse et les analystes qui aiment bien les histoires simples, mais après les premiers prototypes, ces histoires simplistes pourraient mal se terminer pour les investissements à long terme.

mercredi 19 juillet 2017

CDO : Chief Data & Intelligence Officer

CDO : Chief Data & Intelligence Officer

Le dernier billet de GreenSI abordait la façon de penser les données dans l'entreprise à l'ère du digital: devenir data-boulimique, a l'instar des GAFAs dont la puissance repose autant sur la quantité de données qu'ils ont accumulées que sur leur capacité à les exploiter en temps réel.

Rater cette révolution de la donnée étant, pour GreenSI, le moyen le plus sûr de rater la révolution suivante, celle de l'intelligence artificielle, dont le volet qui attire le plus les investissements concerne l'apprentissage (machine learning) et reposera justement sur cette capacité à collecter en masse des données et agir en temps réel.

Dans ce contexte, le rôle du CDO (Chief DATA Officer), moins glamour dans la presse que celui de l'autre CDO (le Chief Digital Officer), est certainement promis à un bel avenir dans les entreprises qui ont pris conscience de cette évolution amenée par les technologies numériques.


Un avenir qui après l'ère "post-PC" marquée par le développement du Social + Mobile + Cloud (qui a fait l'objet des premiers billets de GreenSI dès 2010 sur la transformation numérique) sera marqué pour Gartner par un nouveau triplet : Intelligence + Digital + Mesh.
Dans Intelligence, se cache la révolution de la donnée et les débuts de l'intelligence artificielle en entreprise. La donnée est donc la matière première de la révolution des systèmes intelligents, ou "Smart", préfigurée par l'arrivée des objets intelligents, des applications intelligentes et des premières applications de l'intelligence artificielle en entreprise.

La question de la gouvernance de la donnée dans l'entreprise devient donc centrale pour libérer ce potentiel.

L'erreur serait de confier cette question uniquement à la DSI sous prétexte que, historiquement, la DSI gère les infrastructures sur lesquelles sont stockées les données. Ce serait une erreur car la DSI ne porte pas de résultats financiers (P&L) or l'enjeu c'est bien l'avenir des services de l'entreprise pour se développer avec les données ou l'avantage compétitif délivré par des processus plus réactifs.

Le cabinet d'analystes Gartner qui a réalisé fin 2016 une enquête sur cette fonction auprès des CDO dans les entreprises clientes de ses services, estime que leur nombre a déjà atteint 3.500 au niveau mondial, et que c'est l'un des segments les plus dynamiques des cadres d'entreprises. Il prévoit même une certaine compétition entre les entreprises pour attirer les talents et donc un turnover rapide des candidats aux États -Unis.

Contrairement aux Chief Digital Officers, qui peuvent se plaindre de ne pas avoir de grandes équipes ni même parfois d'avoir un budget dédié, le "CDO Office" devient une nouvelle fonction commerciale dans les organisations, reprenant parfois les fonctions et les équipes opérationnelles d'équipes existantes comme celles de la qualité des données, de l'intégration de données ou de la gestion des bases de données (MDM, Marketing,...). Le développement des "CDO Office" étant la tendance de 2017 et selon Gartner leur budget en croissance de plus de 66% atteignent déjà en moyenne les $6,5 millions.

En Europe l'adoption des CDO est en retard par rapport aux Etats-Unis, selon le CDOclub qui organise des conférences dans le Monde pour rassembler les CDO (qui en dénombrait également 3.000 en 2017).

En France, l'EBG et Informatica ont animé cette année un groupe de travail pour mieux cerner les profils des CDO et auquel j'ai participé. Ce baromètre sur les nouvelles missions du CDO sera présenté le 19 octobre 2017 et permettra de mieux éclairer ces missions en France et de montrer leurs évolutions par rapport à 2016.

De l'analyse de GreenSI, l'enjeu de la fonction CDO n'est pas de rationaliser l'existant en matière de système décisionnels souvent imparfaits, mais de permettre le développement du "smart", de l'innovation stratégique autour des données, et des nouveaux business. Dans ce contexte les missions du CDO sont donc clairement tournées vers le développement de toute l'entreprise par les données et notamment :
  • l'orchestration du changement vers une culture axée sur les données,
  • les projets d'innovation commerciale avec les données,
  • la mise en œuvre, seul ou avec les autres directions, de la valorisation de ces données.
L'étape juste après la donnée étant celle de l'algorithme, dans certaines entreprises les CDO devront essayer de développer les capacités de l'entreprise à analyser ces données avec les nouveaux moyens que leur amènent maintenant l'Intelligence Artificielle.
Ce que nous apprennent sur ce sujet les GAFAs et l'analyse de CB insights ci-dessous, c'est que le moyen le plus rapide d'acquérir ces compétences reste encore de faire l'acquisition des startups qui ont démontré qu'elles les avaient...


Leur appétit a commencé il y a 4 ans et les choses semblent s'accélérer.
Enfin, la gouvernance des données ne doit pas être oubliée dans les fonctions du CDO, en lien avec les autres organes de gouvernance de l'entreprise.

Notamment dans la perspective de la nouvelle réglementation européenne RGPD (GDPR en anglais) qui entrera en vigueur en mai 2018. Mais celle-ci ne doit surtout pas prendre le dessus sous peine de concentrer les énergies à expliquer pourquoi il ne faut rien faire à cause des risques, au lieu d'imaginer les moyens de développer la création de valeur et la génération de revenus. L'éternel problème du verre à moitié plein ou à moitié vide. 

Pour GreenSI ce risque est réel car la RGPD (avec ses pénalités pouvant aller jusqu'à 4% du chiffre d'affaires mondial)  jette la confusion sur les enjeux des données dans les organisations qui seront mal préparées. Tant mieux pour ceux qui voient le verre à moitié plein, ils prendront de vitesse leurs concurrents moins optimistes.
Même si la réciprocité est prévue par le RGPD et qu'indirectement la réglementation s'applique donc aux sociétés non européennes qui ne peuvent en tirer un avantage concurrentiel direct sur les sociétés européennes, les GAFAs sont aussi des experts en réglementation et gestion du temps, comme le montre cette semaine l'annulation du redressement de Google...


La transformation numérique des entreprises aborde donc un nouveau virage, celui de l'Intelligence Artificielle.

Le CDO et le "CDO Office" quand il s'agit d'une entité marketing ou commerciale déjà structurée dans l'entreprise, vont y jouer un rôle majeur d'accélération pour repenser les services de l'entreprise autour de la valorisation des données tout en contribuant à mettre en place une nouvelle gouvernance des données.
Ce rôle de Chief Data Officer n'est pas nouveau puisqu'il est identifié depuis au moins 2013, mais les budgets et les outils sont aujourd'hui là pour qu'il ait un impact de plus en plus grand dans les organisations.

jeudi 13 juillet 2017

#FlipYourMind : Devenez data-boulimique

#FlipYourMind : Devenez data-boulimique

 #FlipYourMind est une série de billets de GreenSI sur le thème de la transformation digitale. Ne cherchons pas à agir à l'ère du digital tout en pensant encore comme à l'ère précédente. Si vous lisez ceci c'est certainement que vous avez choisi de prendre la pilule rouge ;-)







Dans une économie numérique, les données et la collaboration (les relations) sont au cœur de la valorisation des relations numériques.
On parle des données, parce que l'économie est certes numérique mais elle représente un monde réel. Plus on aura de données pour représenter ce monde, plus la représentation de ce monde sera exploitable. De même, on parle de relations parce que l'économie numérique repose sur un réseau qui relie virtuellement tous les serveurs, tous les humains, et demain tous leur objets. Ces échanges ont aussi de la valeur quand ils sont prêts à être activés.
La puissance des GAFAs repose autant sur la quantité de données qu'ils ont accumulée que sur leur capacité à activer les bonnes relations en temps réel pour exploiter ces données. Ce n'est un secret pour personne et toutes les discussions dans l'entreprise parlent maintenant de big data, de smart data, etc. Mais qui réellement en tire la conclusion que cette boulimie de données et de relations, seul ou en équipe, devrait être une arme de l'entreprise?

Cette semaine l'annonce de l'Alliance Gravity marque un tournant dans la publicité quand plus d'une dizaine de médias et d'éditeurs français ont décidé de partager les données qu'ils collectent sur leurs lecteurs visitant leurs sites. Il aura fallu plus de 5 ans de domination de Facebook et Google sur la publicité de l'internet mobile et fixe pour que l'industrie des médias réagisse, et mette en oeuvre le moteur de la valorisation des relations numériques: la data-boulimie collaborative.

Saluons l'initiative, car l'industrie de la musique ou des livres ne l'ont pas encore compris, alors que leurs produits deviennent maintenant des flux (streaming) qui génèrent beaucoup plus de données sur les usages que les produits physiques, puis numériques qu'ils vendaient.
Dans cette brochette d'acteurs - un peu trop masculine aux yeux de GreenSI et de #JamaisSansElles, les femmes avaient certainement piscine ce jour là - on y retrouve le Groupe Les Echos, Lagardère, Prisma Media, SoLocal et même l'opérateur mobile SFR, la FNAC Darty avec son e-commerce, ou les sites de la chaîne M6.



C'est une union qui démontre bien la porosité des industries amenée par le numérique et la possibilité de fédérer largement entre industries avec les mêmes outils.

Et puis dans la liste des entreprises de l'Alliance il y en a des très chahutées sur leur marchés, comme FNAC et Darty qui tentent la fusion pour résister à un Amazon dans un contexte d'hybridation entre les mondes numériques et réels en magasin. On y retrouve également SFR en perte de vitesse tout au moins d'abonnés mobiles et SoLocal pris dans une tempête boursière qui a reconfiguré son Conseil d'Administration le mois dernier. C'est peut-être un signe qu'il est plus facile dans nos organisations d'agir devant le danger au pied du gouffre plutôt que d'agir par anticipation quand tout va bien.


À l'ère du digital, la nouvelle façon de penser est donc de capturer toutes les données - même les plus insignifiantes, voire les gratuites comme la météo. Derrière toute transaction se cache un contexte et un environnement, pourquoi se limiter à enregistrer seulement la transaction si les deux autres peuvent être des variables explicatives de cette transaction?

À l'ère du digital, c'est aussi la priorité données aux écosystèmes, qui ensemble peuvent activer ces données ou ces relations. Cela amène sur une idée récurrente dans les billets de GreenSI c'est qu'une partie du SI de l'entreprise ne se construit pas dans l'entreprise, mais en dehors de l'entreprise.

Votre DSI est peut-être engagée à enfin mettre en place "son" immense Datalake pour répondre aux enjeux du numérique et décloisonner un système d'information construit par application et par direction métiers. Le virage de la transformation digitale semble donc bien pris, et la data-boulimie va pouvoir commencer, une fois cet estomac terminé.

Mais attention, car le diable se cache dans les détails de l'implémentation ; et les vieux réflexes de contrôle qui ont structuré la façon de penser des DSI de ces trente dernières années peuvent encore tuer une initiative de construction de valeur autour des données. Contrairement à ce que peuvent raconter les consultants qui vous ont vendu ce DataLake, et à moins d'être ouvert et installé sur le Cloud, il ne servira au mieux qu'à optimiser vos processus et votre décisionnel interne. Ce sont deux sujet qui ont également 30 ans mais qui ne sont qu'une petite étape vers la digitalisation de l'entreprise.

La plateforme permettant à une entreprise de devenir data-boulimique est nécessairement ouverte à son écosystème via des API pour que chacun y mette et retire, EN TEMPS RÉEL, les données qui seront essentielles à la prise de décision instantanée sur Internet.

Pour cela, le Cloud est le seul candidat, mais pas sur une instance qui implémente la politique de sécurité de l'entreprise (qui rejette toute requête externe), mais sur un Cloud construit pour travailler avec tout un écosystème. Une des entreprises peut opérer ce cloud collectif, mais sans en tirer un avantage au-delà d'entretenir sa maîtrise des infrastructures numériques.

Le développement de l'internet des objets pour les sociétés industrielles est également concerné par cette boulimie, que ce soit en B2C ou en B2B.
Chaque capteur amènera plus d'information contextuelle sur la production, la logistique, la distribution voire sur l'usage du produit ou du service par le client final. Ces données pourront être utilisées en interne pour optimiser les processus, mais surtout en externe dans une collaboration autour d'un écosystème.

Dans le domaine de la ville intelligente (Smartcity), qui est cher à GreenSI, certaines collectivités comme la Métropole de Saint-Étienne engagent des projets de collecte de données au niveau d'un territoire.

Cela favorisera les applications citoyennes qui informent en temps réel les habitants et luttera contre la "pensée unique" qui serait de n'avoir qu'une seule ville représentée numériquement en temps réel - celle de Google (Map, Streetview, Earth,...)

Pour GreenSI, si vous voulez penser à l'ère du digital, pensez tous les jours aux données que vous auriez pu capturer.

Créez les "connecteurs" pour alimenter la plateforme de votre future Alliance. Comme la gravité, elle aura ce pouvoir massif d'attraction des données, mais le but n'est pas de les garder que pour vous, vous devrez aussi penser pouvoir inverser la gravité pour qu'elles se valorisent partout dans ce nouveau monde numérique en construction.

Et puis, rater la révolution de la boulimie des données, c'est sans aucun doute la façon la plus sûre de rater la prochaine révolution, celle de l'Intelligence Artificielle dont l'apprentissage repose sur les données. Mais ce sera pour un autre billet.

Ne ratez pas les prochains billets #FlipYouMind  
Un nouveau regard sur la Chine numérique

Un nouveau regard sur la Chine numérique

En janvier 2016, GreenSI s'etait penché sur l'étude mondiale « Keeping Score: Why Digital Transformation Matters, pour voir si notre expérience française ou notre contemplation de la Silicon Valley étaient biaisées quand on regardait la force de transformation du numérique au niveau mondial. Ce billet mettait en avant l'impact beaucoup plus fort de la transformation numérique sur l'Inde, la Thaïlande ou le Brésil, par rapport aux États-Unis ou à la France.

Dans ce billet c'est la Chine qui a retenu l'attention de GreenSI.

En effet, depuis quelques mois plusieurs signaux montrent que la Chine est en passe de devenir un espace numérique particulier dans le monde. On connaît la Chine pour ses équipements (Huawei), ses matériels (Lenovo) et bien sûr ses mobiles (8 des 12 premiers constructeurs de mobiles sont chinois). Mais aujourd'hui la Chine est aussi en train de prendre la tête dans les ventes de produits numériques ou de plateformes sociales.



Et puis, cette semaine j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer un VP en déplacement en France d'un des BATX - Baïdu, Alibaba, Tencent, et Xiaomi - ces GAFAs chinois qui règnent en maître sur la Terre du Milieu, et qui ont même envie d'en sortir...

D'ailleurs, ils en sortent ! 

On ne compte plus par exemple les interventions dans les salons et dans la presse américaine ou européenne de Jack Ma, le patron d'Alibaba, plus gros qu'Amazon et eBay réunis, comme la semaine dernière à Gateway'17 où il a partagé la recette du succès d'Alibaba: "hire as many women as possible !".

Et quand en 2014 Alibaba s'est introduit en bourse, ce fut bien sûr dans celle de New York, et pas de Hong Kong.

Pour revenir à ce VP, ce qui était intéressant de relever dans les échanges c'est qu'ils ne comprenaient pas pourquoi nous avions tel type d'architecture ou tel besoin pour nos systèmes. Et force est de constater que la qualité du réseau mobile dans les villes en Chine et la discipline de la population chinoise propulsait les villes chinoises denses dans une phase d'adoption massive de l'internet mobile au-delà de ce que l'on connaît en Europe.

Parmi les clichés quand on pense à la Chine et au numérique, on retrouve l'internet chinois comme une sorte de méga intranet national, ses frontières étant contrôlées quand elles ne sont pas tout simplement bloquées. La "backdoor" du gouvernement est acceptée comme on accepte à titre personnel que Google lise nos emails en échange d'un service gratuit.

Mais ces barrières ont aussi fonctionné dans l'autre sens et empêché les GAFAs de développer en Chine une position hégémonique, propulsant cette fois les BATX en méga-entreprises en position de contrôle des routes numériques du commerce. À l'heure où l'Europe se cherche en terme de stratégie numérique, et surtout de comment l'implémenter pour faire émerger plus de licornes bleues étoilées, les chinois ont réussi ce tour de force en partant pourtant en retard.
L'autre cliché quand on pense à la Chine est celui de la copie. Il peut pourtant être retourné quand l'agilité et les usages reviennent sur le devant de la scène. 

La question n'est plus d'avoir la meilleure technologie mais celle qui sera reconnue comme la plus utile par ses utilisateurs et gagnera par son adoption. Savoir copier, en réussissant une meilleure implémentation que des produits technologiquement plus avancés, est aussi le quotidien de l'internet et la réalité de la disparition de nombreuses startups aux Etats-Unis et en Europe. Or, la technologie se protège mais les usages et l'adoption sont plus compliqués à protéger.

Et puis, pour apprécier la copie, il faut dépasser les premières fonctionnalités dans les comparaisons.

Weibo, reconnu comme le "Twitter chinois" n'est plus exactement une plateforme comme Twitter même si elle a pu l'être quand les deux sont partis du microblogging. Par exemple, elle a fortement développé les jeux, ce qui n'est pas le cas de Twitter, et c'est également ce qui a fait le succès de Facebook. C'est surtout une plateforme de contenu très intégrée à de multiples forums et sites de news - peut-être d'ailleurs l'avenir de Twitter.

Ayant des amis en Chine, j'ai depuis longtemps créé un compte sur WeChat pour communiquer avec eux, mais l'usage que l'on en fait en Europe n'a rien à voir avec l'usage qui en est fait en Chine.
Tencent qui propose ce service est devenu la plateforme de paiement la plus utilisée du pays, et population de la Chine oblige, la plus utilisée du monde.

Mais elle sert aussi à tout type de transactions entre personnes dans la vie quotidienne, et le profil WeChat est même utilisé par certains commerçants pour afficher qu'une commande (faite en ligne) est prête et peut être retirée au guichet. Autre exemple, Suez en Chine a basculé son service clients sur WeChat pour que chacun gère sa consommation et ses factures d'eau, quand en France les standards sont encore d'avoir un site internet.

Alibaba Group est un mélange d'eBay avec ses enchères et d'Amazon avec son commerce et ses boutiques partenaires. Mais il y a aussi AliPay, un système de paiement intégré à la plateforme et de nombreux autres services reposant sur le ecommerce.

La réalité c'est donc que la Chine, après être partie en retard pour l'internet 1.0, a réussi a développer son propre modèle de l'internet 2.0.

Ce modèle est proche de celui que Google a poussé pendant ses années "Mobile First", avec notamment Android fortement adopté en Chine (comme beaucoup d'open source), mais ce modèle est sans Google et où les plateformes de paiement jouent déjà un rôle clef. Deux différences importantes avec l'Europe.
Qu'en sera t-il de l'étape suivante de l'évolution de l'internet, celle de l'internet des objets, de l'augmentation des données générées, et donc du "machine learning" sur ces données et de l'Intelligence Artificielle?

Pour GreenSI, plusieurs signes montrent déjà que la Chine sera bien positionnée dans ce nouvel internet.

Déjà parce que dans objet connecté, il y a "objet" - souvent "made in china". Dans un monde qui remet le "maker" sur le devant de la scène, les marchés professionnels chinois redeviennent des lieux où se trouvent les objets de demain, ou bien les fournisseurs pour imaginer les vôtres.

Il ne vous a pas échappé non plus que dans le marché des drones, le français Parrot s'est fait dépasser par le chinois Dji - Dajiang Innovation Technology - dont les drones industriels étaient présents sur plusieurs stands au salon du Bourget à Paris la semaine dernière. Il n'y a pas de chiffres officiels pour cette société non côtée mais on estime à plus de 1 milliard ses revenus, ne parlons donc pas de sa valorisation potentielle, donc déjà une belle licorne selon les standards européens.

Vous connaissez le CES à Las vegas, et bien il y a aussi le CES Asia qui s'est tenu il y a 10 jours à Shanghai. Mettez ce salon sur vos radars car, si comme GreenSI le pense l'innovation des objets connectés se déplace vers l'Est, ce sera certainement un événement incontournable dans le numérique dans les années qui arrivent.

En ce qui concerne l'IA, GreenSI aime à penser que les maîtres seront ceux qui ont beaucoup de données, et entre les réseaux sociaux et les objets connectés, la Chine est bien partie pour en avoir beaucoup. Et puis aux Etats-Unis il y a déjà une polémique sur le fait que Google diffuse sa technologie IA en open source et que les entreprises chinoises l'utilisent déjà, prenant de l'avance sur ce sujet...

Beaucoup prédisent aussi que la voiture autonome, mélange d'objet connecté et d'IA, aux meilleures performances environnementales car électriques, se développera plus vite en Chine qu'ailleurs.

L'année 2017 est donc certainement une étape importante dans la compétition mondiale, celle du rééquilibrage de la valeur de l'internet entre l'Est et l'Ouest. Espérons que l'Europe au milieu ne restera pas à compter les points de ce futur match États-Unis - Chine.

mardi 20 juin 2017

#Hyperlean : pourquoi l'exécution est devenue la stratégie

#Hyperlean : pourquoi l'exécution est devenue la stratégie


Spécialiste de la stratégie des SI, en charge de la gouvernance dans une grande DSI, je suis tombé dans le lean quand nos clients nous ont poussé à accélérer notre rythme de l'innovation.

Il ne s'agissait plus de définir la stratégie puis de l'exécuter "tranquillement" comme un plan quinquennal, et comme tous les ouvrages de gouvernance SI l'expliquait, mais progressivement la stratégie devenait exécution et la vision à long terme prenait le pas sur le plan.

Au niveau des équipes cela se traduisait par de l'agilité dans les projets et comme personne n'est parfait, par de l'amélioration continue.

Le cloud et le digital étaient devenus des moteurs d'une transformation des business modèles et des processus de l'entreprise, beaucoup plus profonde et radicale que le changement de technologie qui était supposé au départ. Les objets connectés et le nouvel internet qu'ils amènent ne vont que l'amplifier.


Cette histoire personnelle commencée en 2012 et dans laquelle ce blog GreenSI, témoin de cette transformation a été initié, a croisé Cécil Dijoux en 2014 quand j'ai eu besoin de comprendre et de pratiquer le lean avec mes équipes dans le cadre d'un projet de transformation.

Cécil est un excellent coach!

Cécil publie aujourd'hui #hyperlean, un ouvrage qui décrypte et simplifie les rouages de la réalité de cet univers digital : lentes adoptions, rapides innovations, expérience utilisateur, manager, désintégration de la DSI, ...

Des rouages que GreenSI décrit régulièrement dans ses billets. Mais ce qui est novateur dans cet ouvrage, c'est de montrer comment la pensée Lean est LA solution pour mettre en oeuvre les principes stratégiques d’agilité et de perfection d’expérience client requis par le numérique.

Déclinés par les géants du web et un grand nombre des pratiques du numérique (méthodes agiles, Lean UX, Lean Start-up etc …) les principes de ce système de management robuste et vertueux sont adaptés à cette époque de grande incertitude.

Le numérique est aussi un enjeu de management et le manager doit guider ses équipes et son entreprise dans ce nouvel univers?

chap 8 - copyright - Xsmall

#hyperlean est disponible sur Amazon et je vous le conseille vivement. Alors bonne lecture !
La transformation numérique au service de la transition énergétique

La transformation numérique au service de la transition énergétique

Cette semaine on ne pouvait pas rater Viva Technology qui revenait, pour sa seconde édition, faire vibrer l'innovation et la technologie mondiale au cœur de Paris, avec quand même une majorité de pépites françaises
.
Mais la technologie n'est rien sans les usages, fusse t-elle un feu d'artifice.

Il était facile de l'oublier en parcourant ces allées occupées par des robots, des drones, des applications les plus folles de réalité virtuelle ou en écoutant le brouhaha des promesses de l'Intelligence Artificielle. Comme pour un 14 juillet, ce fut une parade de l'innovation et de technologies qui démontre la capacité de mobilisation de la France autour du numérique.

Maintenant, imaginons cette déferlante d'innovations, de technologies, et d'énergie de nos jeunes startupeurs, se pencher sur un problème concret qui concernera plus de 70% de la population mondiale en 2050, les citadins. On se dit que rien ne pourra lui résister.

Ce problème c'est celui de l'environnement et de la transition énergétique qui est devant nous mais donc les premiers signes sont déjà visibles : congestion du trafic, pollution de l'air, boulimie énergétique... autant de problèmes communs que les grandes villes vont devoir résoudre.

Les troupes mobilisées pour le résoudre c'est celles de DataCity, coordonnées par le NUMA, pour mobiliser l'intelligence et l'innovation des petites et grandes entreprises afin de réinventer les villes en exploitant leurs données.
Les données, on en parle tout le temps - et personne ne contestera l'entrée dans l'ère de l'économie de la donnée - mais comment les mobiliser collectivement pour une cause commune est la question moins triviale à laquelle s'est attachée ce programme.

DataCity, programme d'innovation ouverte, est donc cette idée simple que la mise en commun des données au niveau d'une ville permet de la réinventer en développant de nouveaux services et en optimisant globalement son fonctionnement. 

C'est par exemple l'analyse de la localisation des tweets la nuit, ou des données (anonymes) des opérateurs permettant d'optimiser l'éclairage urbain là où il y en a besoin, ou d'identifier les lieux de vie nocturne pour adapter l'offre de sécurité à ces zones. Autre exemple, quand la circulation individuelle baisse en ville, ce bénéfice est effacé par l'augmentation annuelle de 15% du e-commerce et des livraisons, de plus en plus rapides. Comment optimiser ces livraisons ?

D'une façon générale les villes ont besoin de mieux connaître en temps réel et à long terme les flux urbains, ouvrant par là de nouveaux modes de gestion et d'organisation des services pour optimiser ces flux, mais aussi délivrer de nouveaux services aux habitants comme pouvoir leur dire s'il est déjà trop tard pour sortir leur bac poubelle ou si le camion n'est pas encore passé.

C'est donc le 6 juin, dans une salle des fêtes de l'hôtel de ville pleine à craquer (plus de 600 personnes) qu'Anne Hidalgo, Maire de paris, a ouvert le "Datacity Demo Day", la cérémonie qui a motivé toutes ces équipes pendant 8 mois pour venir en ce jour y présenter fièrement leurs résultats.


Y sont venus des projets qui mixent toutes les technologies disponibles et toutes les données des opérateurs de la ville, pour de nouveaux usages qui réinventent la mobilité en ville ou l'efficacité énergétique des bâtiments et de la ville toute entière.

Au sein de ces projets se trouvaient des startups qui ont choisi de confronter leurs innovations et leurs technologies à des cas concrets et de relever les défis posés dans chaque domaine par 9 grandes entreprise. 
Ces dernières sont opérateurs ou aménageur de la ville (5 pour la première édition en 2015), comme Bouygues Energie Services, La Poste, Nexity, RATP ou Suez.

Une façon de passer de la technologie à l'usage et en alignant les défis à la cause plus grande de la durabilité de la ville, de faire que chacun contribue à cet objectif commun.

A l'issue de ces tests de prototypes par les startups, les entreprises et la ville de Paris bénéficient des solutions, et les industriels envisagent de déployer ces systèmes dans d'autres villes où ils sont présents.

L'économie mondiale de la donnée ne s'arrête donc pas à la grande porte de la ville.

Pour inventer les services urbains il faut maintenant analyser les grandes bases de données, du public ou du privé, avec beaucoup de données locales. C'est là que les nouvelles technologies de "machine learning" prennent de l'importance.
 

Mais les challenges à cette démarche sont énormes, comme ceux de la protection des données personnelles, du respect de l'intérêt général.

Et en même temps, les salaires des datascientists s'envolent et les économies d'échelle risquent de ne faire émerger que quelques plateformes mondiales (américaines ?) qui seules auront les algorithmes les plus avancés.
Mais le défi est relevé par les villes et une approche collective et coopérative avec les opérateurs est certainement une réponse à ce challenge. Cette démarche DataCity dépasse la seule logique d'opendata généralement mise en oeuvre, car elle la couple à une démarche d'open innovation et lui cherche un modèle économique.

Ce DemoDay ne pouvait d'ailleurs pas mieux tomber juste après l'annonce, contestée partout dans le Monde, du Président américain, de ne pas appliquer l'accord de Paris sur le climat. Le C40 qui réunit les 40 plus grandes villes mondiales, dont la Maire de Paris assure actuellement la présidence, a décidé de riposter et de maintenir ses engagements pour le Climat. Dans les outils à leur disposition, le programme DataCity, déjà répliqué à Casablanca, va donc être amené à être déployé dans ces villes.

La façon dont les données - et tout le numérique - peuvent être mobilisées pour contribuer à atteindre des objectifs environnementaux n'est pas nouveau, mais GreenSI pense qu'elle est maintenant mieux perçue par tous.

Le numérique est le moteur qui fait émerger, en masse, un ensemble de solutions, sans pour autant trouver leur origine dans la réponse à un problème commun. Une "cacophonie technologique" de plus en plus palpable à travers la presse et les salons spécialisés.
De plus, le numérique a encore plus de potentiel avec le passage de l’internet que l'on connaît, à celui des objets connectés et de l'analyse en masse des données par des algorithmes permettant des analyses de plus en plus rapides voir prédictives.

La transition énergétique est un défi commun dont il manque parfois un moteur pour en construire des réponses. Les accords internationaux sont essentiels pour mettre en marche ce moteur et les villes sont en train de prendre le relais. 

Le numérique est donc sans aucun doute un des moteurs de la transition écologique.

Mais le numérique va devoir aussi répondre au problème qu'il créée lui-même en terme de déchets électroniques et de consommation énergétique.

Pour cela, le numérique devra devenir plus vert (Green IT), un sujet pour GreenSI pas encore assez sous les projecteurs de la presse ni enseigné dans les écoles, et surtout en mettant ses technologies au service d'une gestion plus efficace et plus durable des ressources (IT for green) comme DataCity a démontré par deux fois que c'était possible.

Ce que l'on observe avec cette démarche, au-delà de la technologie, c'est l'émergence d'écosystèmes tout aussi essentiels qui travaillent ensemble et se coordonnent. La feuille de route du numérique dans la ville devrait donc se construire autour de trois axes pour "motoriser" la transition énergétique:
  • des données ouvertes, pour trouver une utilité collective et des services concrets, au-delà des discours de souveraineté et d'égos parfois portés par l'open data.
  • des outils « smart », qui s'appuient sur ces données pour optimiser les processus et imaginer de nouveaux usages. L'économie collaborative a montré la voie et à déjà changé la façon de se déplacer avec le co-voiturage.
  • mais surtout des approches « agiles », donc itératives au niveau local, en réponse à la complexité et l’interdépendance des écosystèmes concernés. Il faudra certainement inventer un nouvel urbanisme pour concilier la planification long terme et l'agilité à court terme.
La ville de demain sera nécessairement durable et la transformation numérique est déjà à son service pour relever le défi. Souhaitons-lui qu'elle réussisse.

mardi 6 juin 2017

Va-t-on assister à une bataille pour les données des machines?

Va-t-on assister à une bataille pour les données des machines?

Avec le digital les données prennent de la valeur. Avec les objets connectés leur volume augmente exponentiellement et les batailles pour s'en emparer s'organisent, c'est du moins ce que pense GreenSI.

Dans le B2C, les données du grand public sont généralement considérées comme des données personnelles et sont à ce titre protégées par une réglementation qui s'adapte et se renforce en Europe (GDPR). Quand les GAFAs créent des business pour les valoriser, ils obtiennent ces données des consommateurs eux-même qui leur en abandonnent les droits, volontairement ou forcés, en échange de services.

La propriété des données d'exploitation

Mais dans le monde des machines et des actifs des entreprises, qui est réellement propriétaire des données ?
La question de la propriété peut paraître étrange, mais nous passons d'un monde où personne ne s'en souciait à un monde ou tout le monde va les réclamer. Et pour GreenSI ce changement de paradigme va révéler des trous dans les règles de gouvernance des données et les moyens pour les protéger ou les partager. La propriété des données des équipements industriels utilisés dans les chaînes de production des entreprises va certainement être un nouveau défi à relever pour beaucoup d'entreprises et certainement pour leur DSI.


En effet, dans l'industrie, la performance des actifs (machines, équipements industriels, ...) est au cœur du modèle économique de l'entreprise. Ce sont les bénéfices de l'IIoT - Industrial Internet of Things.

Nous avons vu dans le billet précédent qu'avec le développement de l'internet des objets - IoT - notamment dans le Cloud, que la maîtrise en temps réel des données des machines devenait un axe important de développement des systèmes d'information de contrôle de cette performance industrielle. 

La question de savoir à qui appartiennent les données est donc liée à qui bénéficiera de cette nouvelle performance.

Et ce qui est vrai dans l'industrie l'est aussi dans beaucoup d'autres industries où les actifs immobilisent des montants importants comme dans l'aéronautique, l'immobilier, ou chez les opérateurs de services urbains (opérateurs des réseaux de distribution, usine de production des utilités,...).

C'est un exemple célèbre revu cette semaine pour expliquer le digital qui m'a fait prendre conscience que la réponse à cette question de la propriété n'était finalement pas si anodine que cela pour la stratégie digitale des entreprises industrielles.
Cet exemple, c'est celui du changement de business modèle des fabricants de moteurs d'avions comme Pratt & Whitney ou GE, qui offrent maintenant la possibilité d'acheter, non plus des moteurs, mais des heures de vols. Le moteur des avions des compagnies aériennes peut donc se louer avec la responsabilité pour le fabricant de le maintenir en permanence en fonctionnement. Pour cela, le fabricant collecte toutes les données de vol sur les avions en exploitation ce qui lui permet avec des techniques informatiques de prédire les interventions de maintenance (voir la vidéo ci-contre).

Avec l'IoT, on assiste donc à la volonté des fabricants d'équipements de garder un accès exclusif aux données pour gérer la maintenance et transformer leur modèle économique.


Mais si l'entreprise fait l'acquisition de l'équipement, elle peut aussi souhaiter garder le contrôle sur ces (ou ses ?) données pour organiser elle-même sa maintenance et peut-être les protéger, car elles peuvent en dire long sur son activité. Imaginez les données d'une chaîne de production d'une entreprise, accessibles par le fabricant des équipements de cette chaîne, qui pourraient arriver, par mégarde ou par revente si rien ne l'interdit, chez les concurrents et les renseigner sur l'activité de l'entreprise via ses données de production.
Bref, comme avec les données personnelles, on peut partir d'une bonne intention mais le diable se cache dans le détail... de l'analyse !

Et puis, entre le fabricant et l'entreprise utilisatrice, peut aussi venir se glisser une société spécialisée dans la maintenance, qui va avoir le même appétit pour ces données car elle pourra les croiser avec des données semblables provenant d'autres fabricants et d'autres entreprises pour lesquelles elle assure le service. Elle va par là créer de la valeur potentielle pour l'entreprise utilisatrice - benchmarks - mais pouvant concurrencer le fabricant, voire aussi révéler des secrets de fabrication.

Pour GreenSI, à l'avenir, les fabricants, les mainteneurs et les utilisateurs, pourraient donc être tentés de vouloir chacun maîtriser les mêmes données de fonctionnement des équipements...

La propriété des modèles

Mais on peut aussi trouver des conflits d'intérêts dans les modèles (2D, 3D, ...) qui représentent (avec des données) l'équipement, son fonctionnement, et ce jusqu'à pouvoir en simuler le fonctionnement virtuellement.

C'est une autre tendance qui se dégage et qui a fait l'objet de la conférence de l'éditeur de Thingworx (PTC) il y a deux semaines, LiveWorx 2017 : l'ère de la convergence entre les actifs digitaux et physiques. 

Les technologies telles que l'impression 3D, la réalité augmentée, la réalité virtuelle, ou l'IoT temps réel ouvrent de nouvelles portes tous les jours entre ces deux mondes, réels et virtuels. Les équipements physiques sont maintenant couplés à leurs modèles numériques et on pourra de plus en plus indifféremment agir sur l'objet ou sur son modèle numérique.


L'aéronautique est très en avance et le prochain "Paris Air Show" fin juin, avec ses exposants venus du numérique, sera l'occasion de faire le point sur l'état de l'art de cette convergence avec un billet GreenSI.

Un concept qui va toucher de plus en plus d'industries et on le retrouve déjà dans la construction avec le BIM - Building Information Modeling - cette notion de partage d'une maquette numérique tout au long du cycle de vie du bâtiment. 

Ainsi, la maquette numérique créée par l'architecte (et rendue obligatoire pour les grands appels d'offres internationaux) est ensuite utilisée et mise à jour sur le chantier de construction, puis transmise à l'exploitant de l'ouvrage jusqu'à sa déconstruction pour en réutiliser les matériaux.

Les actifs numériques , comme les maquettes numériques, ont donc vocation à se développer. La protection des actifs physiques est aujourd'hui bien maîtrisée, celle des actifs numériques beaucoup moins.
En plus, on réalise les difficultés qui s'annoncent pour définir la propriété d'un actif numérique relatif à un équipement. Le coût de modélisation étant élevé, celui qui réalise la maquette numérique va vouloir en réclamer la propriété. Mais une maquette trop parfaite ne reflète t-elle pas l'objet lui même, déjà propriété de son fabricant et qui en cède des droits d'utilisation à ses utilisateurs tout en gardant la propriété ? Et si d'ailleurs vous n'avez pas besoin de l'actif physique, mais uniquement de sa version numérique pour intégrer à votre environnement de simulation virtuel, qui a le droit de vous la vendre ?

Les entreprises doivent donc prendre en compte cette perspective et se préparer à protéger dans des contrats la propriété des données, des modèles, de leur accès ou de l'interdiction de leur accès, sous peine que d'autres ne le fassent sans leur demander leur avis.


Une propriété qui n'a de valeur que si elle peut être protégée pour ensuite mieux en partager les données et développer de nouveaux modèles collaboratifs, dans l'espace et dans le temps, comme le BIM tente de l'installer.
Et puis, tant qu'a renoncer à la propriété des données pour permettre à d'autres l'amélioration des processus de fabrication, de maintenance ou d'exploitation des équipements, autant en tirer un bénéfice, non ? La notion de licence d'accès aux données sera peut-être utile et rémunératrice.

Beaucoup de questions qui feront certainement l'objet de prochains billets au fur et à mesure de l'émergence des premières réussites et certainement des premiers conflits.